Arsène Reis : « C’est ma passion !»

Depuis 2017, Stroossen Klassic s’est imposé dans le panorama de la mécanique au Grand-Duché. Avec des évènements bi-annuels mettant en avant des Classic Cars, l’association créée par cinq amis il y a bientôt une demie-décennie permet de rassembler les amoureux de voitures iconiques au Luxembourg. Découverte et entretien avec Arsène Reis, Président de Stroossen Klassik.

Article issu du magazine Vroom! #6

« J’ai deux voitures, je ne sais pas si on peut dire que je suis collectionneurs (rires) ! ». C’est dans un éclat de rire pointé d’une certaine auto-dérision que l’entretien avec Arsène Reis, Président de Stroossen Klassik débute. Autour d’un café, celui qui a été indépendant pendant plus de trente ans et est maintenant retraité revient sur la genèse de cette association, son développement, et le temps qu’il lui consacre.

Une passion de longue date

Si l’association n’a vu le jour qu’en 2017, l’amour de Reis pour l’automobile en général ne date pas d’hier. Lui qui se souvient encore avec un amour certain de son Alfa Romeo Spider en 1992 et son désir d’aller à contre-courant en conservant le même véhicule plutôt que d’en acheter un nouveau a toujours eu une passion pour les véhicules. « J’avais toujours l’amour pour tout ce qui est sport mécanique Cela fait une demie douzaine d’années que je suis tombé amoureux des voitures historiques. »

Cet attrait, longtemps resté au rang de simple plaisir a passé un cap il y a presque cinq ans, avec la création de l’association Stroossen Klassic. Une décision prise non pas solo, mais bien avec un groupe de fidèles compagnons. « Dans le club, on est cinq. Nous avons commencé en 2017, cela reste assez nouveau. Au Luxembourg, cela fait grand maximum 8-10 ans que le boom des voitures historiques est venu.  On a vu qu’à l’étranger, cela fonctionnait parfaitement. Les luxembourgeois allaient tout le temps dans des autres pays, donc on s’est demandé pourquoi ne pas le faire ici ? C’est quelque chose qui se développe généralement. Nous avons suivi le courant et crée notre petit chemin à nous ».

En effet, cet engouement ne se limite évidemment pas qu’au Grand-Duché. Un peu partout à travers les cinq continents, la passion et la frénésie envers les voitures anciennes prend de l’ampleur, et les clubs ou association bourdonnent dans tous les sens. Un développement assez facilement explicable selon Reis : « Chaque voiture a une histoire. Parfois c’était votre première voiture, d’autres, c’était la première achetée avec votre salaire, où encore la rencontre de votre premier amour, celle utilisée lors d’un voyage. Si vous demandez aux gens, les souvenirs sont tellement vivaces et profonds. La nostalgie attachée aux véhicules est énorme. Et de l’autre côté, nous avons aussi les collectionneurs ». Une tendance qui explique donc le succès de sa création, qui ne fait qu’accroître au fil des années. Depuis quatre ans, force est de constater que les travaux entrepris portent leurs fruits. Tous les ans, les chiffres augmentent, et l’attractivité de l’association grandit inéluctablement. La première année, ils étaient une quarantaine à concourir. La seconde, c’est avec soixante-quinze voitures que l’évènement a eu lieu. Jusqu’à quatre-vingt lors de la troisième année, avec le début des véritables soucis de logistiques.

Une activité chronophage…

Si d’autres, à l’image de clubs plus spécifiques ou de certaines grandes banques proposant des choses similaires suivent le chemin, il n’y a pas lieu de comparaison entre les activités des autres et celles du Stroossen Klassik. Avec une randonnée le 8 ou 9 mai chaque année, mais aussi un Summer Tour mi-aout, l’emploi du temps est déjà fort rempli. A cela s’ajoute un évènement annuel thématique qui se déroule tous les ans à Bertrange : « Nous faisons la même chose à Bertrange avec des food trucks, de la musique d’ambiance, et la circulation n’est autorisée qu’aux Classic Cars. Nous avons toujours un thème car il y a toujours des anniversaires de voitures ou de marques. »

Si le titre d’Arsène Reis est officiellement celui de Président, à le voir décrire toutes les activités à laquelle ils s’adonnent, le terme d’homme à tout faire semble plus approprié. Car l’homme touche à tout. Et, dans une association active et qui compte de plus en plus de membres, il faut, chaque année, savoir relever les nouveaux défis. Au-delà des activités prévues chaque saison s’ajoutent les évènements que l’on ne peut planifier à l’avance et qui, au final prennent eux aussi énormément de temps. Car une activité en extérieur implique d’être forcément dépendant de Dame Nature qui, quel que soit la période de l’année peut toujours s’avérer capricieuse : « Tout peut arriver. Un arbre peut tomber pendant la nuit. Deux semaines avant l’un de nos tours d’été, une flotte énorme avait enlevé une partie d’une route qu’on avait prévu de traverser. On n’a pas pu accéder à cet endroit, et il fallait donc refaire tout le tracé encore une fois. Cela fait énormément de choses ». Pluie diluvienne, travaux citadins, développement de nouvelles routes : n’importe lequel de ces facteurs sur lesquels le Stroossen Klassik n’a pas le contrôle peut ajouter une épine dans le pied d’Arsène Reis, qui se doit alors d’improviser et trouver une solution au plus vite.

Mais Reis n’oublie jamais les qu’âtres autres fondateurs du Stroossen Classic, tout aussi indispensables dans l’organisation à ces yeux. « Dans un club il y a toujours un moteur. Nous sommes deux à avoir ce rôle. Sans me vanter, c’est souvent moi qui arrive avec des nouvelles idées. Je les présente, on en discute… Parfois, on les change ci et là. D’autres fois, nous les refusons tout simplement. Mais dès que c’est accepté par tous, on fonce, et chacun donne énormément. Nous sommes tous extrêmement actifs et concernés. C’est un travail d’équipe à 100%, et je suis chanceux d’avoir ces gens à mes côtés »

Proche de sa communauté, dans ce qui est une association focalisée sur le plaisir de ses membres, Stroossen Klassic essaie chaque année de se renouveler. « Après la saison, on se met ensemble pour le debrief de la saison passée et on se demande ce qu’on va faire l’année suivante ». Si certaines tentatives sont jugées moins réussies que d’autre, à l’image de l’expérience en cinéma extérieur l’an dernier qui ne sera pas renouvelée, le désir de surprendre et de ne pas rentrer dans une marque de rubrique redondante est extrêmement forte : « Il faut voir la tendance dans d’autre pays pour s’inspirer de ce que nous allons faire. Il y a beaucoup de grands rassemblement dans les alentours, cela permet de voir quels sont les trends du moment, ce qui pourrait fonctionner. On peut réfléchir à des mix, des thèmes, des idées.. »

À cela doit encore s’ajouter la recherche de partenariats, cheval de fer dans la quête du financement, mais aussi des structures aptes à accueillir une sacrée foule. Tant de casquettes que le Président doit ainsi revêtir pour s’assurer le bon déroulement de tout.

… mais passionnante

Alors, ces longues heures, durant la quasi totalité de l’année à planifier les parcours, travailler sur le développement, contacter les organisateurs, s’adapter à des événements extraordinaires comme le coronavirus : épuisent-elles Arsène Reis ? Pas du tout : « Je ne suis pas épuisé quand c’est fini. Voir la joie des gens qui sont très contents, c’est une satisfaction énorme. Il y a toujours des petites erreurs que l’on fait, mais on apprend chaque année »

Seule petite période difficile, à l’image de toutes les activités nécessitant ou regroupant du monde : celle du Covid. Comme bien d’autres industries, associations ou hobbys, le Stroossen Klassik a évidemment été impacté : « Cela a été compliqué pendant le Covid. Les évènements ont été annulés.En août de l’an passé, nous avons quand même pu faire des randonnées avec masques et distanciation. C’était avant la deuxième vague, mais c’était assez contraignant en termes de mesure. Beaucoup de gens ont préféré attendre, plutôt que de faire les choses dans ce contexte. Je comprends parfaitement ce sentiment. »

Car Arsène Reis est un réel passionné. Capable de discuter pendant des heures de voitures, de ses souvenirs, ses passions, de rallye, collectionneurs ou bien d’autres choses encore, son association fait briller ses yeux de mille feux. Et malgré la conséquente débauche d’énergie passé dans son « job », l’impression est bien que chaque instant, même désagréable, est paradoxalement plaisant.

Une véritable communauté

« Dans l’ensemble, je note que tout le monde est très heureux de se revoir. Nous sommes une vraie communauté, tout le monde connait tout le monde. Si quelqu’un tombe en panne, un autre s’arrête pour l’aider. Cela n’est pas une course ou une compétition. C’est un évènement. Il y en a toujours quelques uns qui veulent gagner, ce qui est parfaitement honorable. On charrie ceux qui veulent gagner, on se taquine, c’est très agréable. »

Une communauté qui se compose de personnes à l’âge moyen gravitant autour de la cinquante, chose assez aisément explicable : “On remarque de plus en plus de jeunes qui s’intéressent à la vieille mécanique. Mais dans l’ensemble je dirais que cela tourne autour de la cinquantaine. Ce sont tout de même des voitures qui coutent cher, il faut avoir avancé dans la vie pour pouvoir se le permettre. Sauf si c’est Papy qui a payé (rires) » s’esclaffe le Président. Pour ce qui est des genres, les femmes répondent présent, même si dans l’ensemble, celles-ci sont plus souvent co-pilotes qu’au volant. « La femme, c’est le cerveau, elles sont moins bêtes que nous les hommes » rigole encore Reis. Enfin, derrière évidemment une majorité de membres luxembourgeois, on retrouve aussi un certain nombre de germanophones ou français : « comme le Luxembourg est très petit, nous allons souvent dans les pays frontaliers ou on rencontre des gens d’autres clubs. On leur donne derrière des flyers, on crée le contact. Et évidemment, les réseaux sociaux sont une énorme aide pour communiquer en masse. Cela permet de rapprocher des gens passionnés qui étaient séparés par la distance. »

Une tâche qui apparait donc conséquente, et aux périodes de repos très faibles. Entre la recherche de partenariat, les créations de parcours, les organisations d’events et réservations de restaurants, Arsène Reis, qui estime passer plus de 60% de son temps sur son association pourrait légitimement éprouver un certain sentiment d’usure vis-à-vis de tout cela. Après avoir sympathisé plus d’une heure, on repose une dernière fois la question, la confiance s’étant installé, afin de savoir si, réellement, il n’y a pas de sentiment de fatigue derrière ces tâches si intenses et chronophage : « J’adore ça, c’est ma passion ». On ne pourrait faire plus clair.

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